08/09/2010 19:38

Actualités
A Vélo
Agir
Le GRACQ
Services
Intranet

Bruxelles, lundi 4 octobre 2004

Conférence de presse commune Touring - GRACQ - Fietsersbond

Intervention de Bernard Dehaye, président du GRACQ : plus de respect mutuel = plus de sécurité routière.

Petite précision de vocabulaire avant de commencer : quand je parle de cycliste(s), il s’agit des cyclistes qui utilisent le vélo tous les jours de la semaine comme moyen de déplacement, que ce soit pour se rendre au travail, à l’école, pour effectuer de petits achats ou se rendre à un spectacle. Je ne parle donc pas de ceux qui roulent en peloton sur nos routes ni de ceux qui parcourent nos bois en VTT.

Les membres du GRACQ sont ce qu’on appelle des cyclistes quotidiens (même s’ils ne roulent pas tous les jours). Leur expérience quotidienne fait qu’ils sont en général assez conscients des dangers de la route. Ils savent qu’en cas de chute, ils seront forcément blessés, ce qui les incite à se montrer prudents. Mais ils savent aussi que le vélo n’est pas aussi dangereux qu’on le dit. Comme l’a démontré le docteur Rutter de l’Université d’Oxford, ils savent qu’exprimés en jours de vie, les bénéfices pour leur santé de cet exercice quotidien effectué à vélo sont plus de 16 fois supérieurs au risque d’accident lors de leurs parcours à vélo dans le trafic.

Il est vrai aussi, pour rester objectif, que tous les cyclistes ne sont pas membres de notre association, et que l’éducation à la bonne manière de se comporter à vélo dans le trafic fait défaut chez bon nombre de nos concitoyens, et certainement au sud du pays. Il y a donc encore un important travail d’information et de formation à effectuer. Nous y travaillons depuis longtemps, notamment en formant des moniteurs qui dispensent leurs bons conseils un peu partout en Communauté Française, et ce, tant aux adultes qu’aux enfants.

Je ne m’étendrai pas ici sur les multiples atouts du vélo. Nous sommes ici pour parler de sécurité routière. Je voudrais néanmoins souligner à quel point le cycliste est un allié objectif de l’automobiliste. En effet, pour chaque automobiliste qui, comme moi, laisse sa voiture au garage et utilise son vélo pour se rendre à son travail au centre-ville, c’est une voiture en moins dans les files et une place de stationnement qui se libère pour la journée. Imaginez un instant l’espace public qui se libérerait si 10% de la population se déplaçait à vélo dans une grande ville comme Bruxelles? Et ce n’est pas si utopique quand on voit l’exemple de villes étrangères comme Berlin, Munich ou Berne, ou quand on sait que plus de 50% de nos déplacements en automobile se font sur moins de 5 Km, distance qui peut s’effectuer facilement à vélo.

Or, force est de constater que le culte que vouent nos sociétés à la vitesse et à la performance ne favorise pas le choix du vélo comme mode de déplacement, pas plus qu’il n’améliore la sécurité routière. Je ne vais pas vous répéter une fois encore les méfaits du comportement égocentrique, déjà relevés par Mr Willemarck.

Pour ma part, je regrette que le cycliste ait quasi disparu du paysage routier en Communauté Française, tout comme l’éducation à la sécurité routière a quasi disparu des programmes de cours de l’enseignement fondamental de cette même Communauté. Si on y ajoute que le permis de conduire enseigne uniquement le bon comportement de l’automobiliste, mais ne sensibilise en rien aux problèmes du cycliste, et que tout le monde ne passe pas son permis de conduire, à quel moment le citoyen a-t-il encore l’occasion d’apprendre les règles auxquelles sont soumis tous les usagers de la rue? Il nous paraît en tout cas essentiel que la sécurité routière et l’apprentissage de la conduite du vélo dans le trafic soient enseignés dans toutes les écoles primaires en Communauté Française, via une formation préalable des maîtres.

Patrick D’haese a déjà énuméré certains usages de la route qui sont à l’origine de conflits entre cyclistes et automobilistes. Ces conflits s’inscrivent souvent dans un climat d’ignorance ou de méprise par rapport à la réalité de l’autre usager de la route.

Il a déjà évoqué notamment l’importance pour le cycliste de ne pas trop serrer sa droite (à cause du danger des portières notamment). Certains automobilistes interprètent à tort ce positionnement plus au centre de la chaussée comme de la provocation, alors qu’il ne s’agit en réalité que de conduite défensive. Dans ce type de cas, l’information nous paraît très importante pour éviter les tensions entre usagers. Et notre collaboration avec Touring va tout à fait dans ce sens.

En ce qui concerne les sens uniques que les cyclistes peuvent emprunter à contresens, il est symptomatique de constater l’énorme écart qui existe entre la peur manifestée par les automobilistes et la satisfaction des cyclistes devant cet aménagement qui leur évite d’allonger inutilement leur parcours par des rues plus dangereuses. C’est ce qui nous a poussé à rédiger avec l’IBSR un petit dépliant qui explique les règles à respecter par chacun pour un bon usage de cet aménagement. Des études basées entre autres sur les statistiques d’accident dans les communes où ces SUL existent depuis longtemps montrent qu’il n’y a certainement pas plus de danger dans de telles rues qu’ailleurs, et que la vitesse réduite des différents usagers y limite en général les problèmes à de petits accrochages sans guère de gravité.

Autre exemple d’incompréhension: les zones avancées pour cyclistes ou SAS. Beaucoup d’automobilistes ne semblent pas comprendre la raison d’être de cet espace réservé pour les cyclistes, en tête de file, à certains carrefours à feux. Lorsqu’un cycliste ne s’y trouve pas, on y retrouve souvent un automobiliste qui n’a pas respecté la première ligne d’arrêt. Or, cette zone sert à diminuer les risques d’accrochage par effet de surprise en cas de changement de direction (l’automobiliste qui tourne à droite risque moins d’être surpris par un cycliste continuant tout droit, et le cycliste qui roule sur la droite de la chaussée et veut tourner à gauche pourra se déplacer de droite à gauche en sécurité dans le sas pendant la phase rouge du feu). Effets secondaires bénéfiques: cette position avancée permet aussi au cycliste de respirer moins de gaz d’échappement, et rappelle clairement la présence du cycliste à l’automobiliste. Petit inconvénient pour l’automobiliste, surtout dans les agglomérations où il y a beaucoup de cyclistes, quand le feu passe au vert, l’automobiliste est parfois obligé de patienter un peu avant de pouvoir dépasser les cyclistes.

Autre source de tensions entre cyclistes et automobilistes: le stationnement sauvage. De plus en plus souvent, faute d’emplacements de stationnement à proximité, certains automobilistes stationnent en double file ou sur les pistes cyclables, obligeant les cyclistes à contourner leurs véhicules en prenant des risques pour poursuivre leur déplacement. De nombreux cyclistes considèrent cette attitude comme un manque de respect insupportable. Et à force de voir ces incivilités se multiplier sur leur parcours, certains cyclistes (une minorité, heureusement) perdent leur calme et n’hésitent pas à se venger sur la carrosserie du véhicule en infraction. Nous ne pouvons que condamner ces deux attitudes.

Les automobilistes se plaignent de leur côté du comportement de certains cyclistes qui brûlent les feux rouges. Certaines associations recommandent aux cyclistes de démarrer avant que le feu passe au vert (quand la voie est libre) car cela leur procure, entre autres, un supplément de visibilité et donc de sécurité. Le GRACQ préfère militer pour l’installation systématique de zones avancées pour cyclistes qui apportent quasi le même résultat de manière légale, et nous recommandons bien sûr à tous les usagers de respecter les feux rouges… de même que les feux oranges d’ailleurs.

Le GRACQ s’adresse déjà régulièrement aux cyclistes pour leur rappeler de respecter le Code et l’image qu’ils donnent de leur mode déplacement. Nous menons notamment des actions de sensibilisation pour leur rappeler de rouler avec des lumières en bon état de marche et de respecter les aménagements cyclables conçus pour eux, même si ces aménagements ne sont pas très nombreux en Communauté Française. Notre souci premier est en effet de prévenir les comportements dangereux et préjudiciables. Rappelons qu’en matière de sécurité routière, on distingue classiquement trois facteurs de responsabilité dans les causes d’accident: le comportement humain, l’état du véhicule et celui de la voirie, et que dans 75 à 80% des cas, c’est le facteur humain qui est en cause.

Je suis convaincu que le rapprochement de nos associations automobiliste et cyclistes peut avoir un effet positif sur le comportement des usagers cyclistes et automobilistes, et contribuer à améliorer la sécurité sur nos routes.

Je remercie Touring de nous ouvrir les pages de son magazine pour y inclure des articles de sensibilisation, à l’attention des automobilistes bien sûr, mais aussi à l’attention des cyclistes qui figurent dans son million de lecteurs. Bien sûr, nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d’onde entre automobilistes et cyclistes, nos intérêts sont parfois divergents, mais je voudrais souligner à quel point le dialogue entre nous est constructif, et riche des remises en question de nos certitudes.

En conclusion, je dirais que la vie humaine ne doit pas être banalisée, et que tout ce qui peut être fait pour améliorer la sécurité routière et diminuer le nombre de victimes sur nos routes (les morts mais aussi les blessés), doit l’être par tous les moyens. Sortons de nos égoïsmes. Essayons de nous mettre plus systématiquement à la place de l’autre avant de le critiquer. Montrons-nous courtois le plus souvent possible.

Essayez, ce n’est pas si difficile. Arrêtez-vous devant un passage pour piéton, cédez éventuellement votre priorité. Souriez! Vous verrez, c’est contagieux et ça fait un bien fou!

Bernard Dehaye, Président du GRACQ

Près de chez vous
Devenir Membre
Faire un don
Lettre d'information
Le Ville à Vélo
Presse
Flux RSS

Modifié le 19/02/2009

Bookmark and Share
GRACQ - Les Cyclistes Quotidiens ASBL | rue de Londres 15 | 1050 Bruxelles | T. 02 502 61 30 | FAQ | Plan du site | Liens | Mentions légales